Aller directement à la navigation

Jean-Charles BRON, Médiateur de la Ville de Bordeaux

La fonction de médiation de la Ville de Bordeaux est une des plus anciennes puisqu'elle a été mise en place en 1995. Jean-Charles BRON est depuis 2014 le 4ème médiateur désigné par le Conseil Municipal de Bordeaux. Il est hébergé par la municipalité dans un immeuble indépendant avec des services appropriés à proximité de l'Hôtel de Ville.

 

Les domaines de compétence :

Il intervient dans le cadre de règlement ou de prévention de tout litige pouvant opposer un citoyen bordelais à l'Administration municipale (nuisances sonores, droit des sols, verbalisation sur l'espace public …)

La Ville de Bordeaux propose également :

  • une médiation citoyenne (service gratuit et bénévole : problème de voisinage),
  • 9 délégués du Défenseurs des droits dans le département,
  • un Conciliateur de justice.

 

Les modes de saisine:

Ils se font soit par l'intermédiaire du site Bordeaux.fr, soit par téléphone, soit par courrier ou interpellation directe.

  • Soit par courrier:

Médiateur de la Ville de Bordeaux
Hôtel de Ville
33077 Bordeaux cedex

  • Soit par téléphone: 05.56.10.33.57

 

 * * *

L'interview de Jean-Charles BRON :

La Médiation, “une découverte insoupçonnée”

Depuis 6 mois, vous exercez la fonction de Médiateur de la Ville de Bordeaux. Quel sentiment domine, quel premier bilan faites-vous ?

Ces six mois ont très vite passé. J’ai véritablement découvert cette fonction bien qu’ayant exercé durant 26 ans un mandat d’élu local à la Ville de Bordeaux. J’ai surtout pris conscience de l’intérêt de cette fonction et du développement qu’elle connaitra immanquablement dans les années à venir. Bref, ce constat exprime, sans fard et au plus juste, la satisfaction que j’éprouve à exercer cette mission. 

À vous écouter, la Médiation ressemble à un territoire nouveau pour vous. Est-ce à dire, qu’en tant qu’élu puis adjoint à la Ville de Bordeaux pendant 26 ans, vous n’avez pas eu l’occasion d’être en contact réel avec cette fonction?

Si, bien sûr, je connaissais le rôle de médiateur mais je n’avais pas pris une conscience aigüe de la perception qu’expriment certains de nos citoyens sur l’action municipale. Cela peut surprendre puisque vous étiez en charge notamment des affaires économiques, du commerce, de l’artisanat et de l’occupation du domaine public liée à l’exercice de ces activités. Ce sont des domaines où les litiges peuvent exister, voire être fréquents … Certes, des difficultés nous en avons connues. Je me rendais régulièrement sur le terrain (j’ai été 30 ans entrepreneur de PME et comprenais très bien les difficultés exprimées par les commerçants, artisans et chefs d’entreprise) pour tenter d’apporter une solution mais forcément avec un œil « partisan » puisque j’étais moi-même acteur de cette situation et non observateur indépendant. 

Connaître de l’intérieur l’administration et les élus de cette Ville, est-ce pour vous un avantage ou une vigilance particulière à avoir depuis que vous êtes Médiateur? C’est une question importante car, derrière elle, on retrouve la notion d’indépendance, d’impartialité, de neutralité et de confidentialité. En un mot, tout ce qui fait la valeur et le fondement de notre fonction. Je vous le disais, nous sommes à 100 mètres de l’Hôtel de Ville, ces 100 mètres comptent car ils marquent notre souci d’indépendance et d’impartialité. Les personnes que nous recevons ont besoin d’être rassurées sur le fait qu’elles peuvent s’exprimer librement.  J’ai constaté que chez certains, et particulièrement les plus vulnérables, il y avait très souvent injustifiée, une crainte de la puissance de l’Administration, fusse-t-elle municipale, à l’extrême, une défiance. Dans cette situation, nous nous attachons, avec mon assistante, à renouer le fil de l’apaisement et surtout la confiance qui doit régner entre les deux parties.

Ainsi, après 20 ans d’existence à Bordeaux, la Médiation a-t-elle encore un avenir à écrire …

Alain Juppé a créé cette fonction pour la première fois en 1995. Il était auparavant Maire du 18ème arrondissement de Paris, une ville qui connaît la Médiation depuis 1977. Bien sûr qu’elle a un bel avenir. Nous vivons dans une société où la montée de l’intolérance, des extrêmes et les dangers qui l’accompagnent démontrent et démontreront de plus en plus la nécessité incontournable de la compréhension et du rapprochement. J’ai récemment rencontré un de mes prédécesseurs, Jacques Lahon, qui fut médiateur après avoir été élu de l’opposition municipale. En l’écoutant, je me suis rendu compte que si les fondamentaux du conflit n’avaient pas changé, la forme et parfois l’agressivité de certains avaient pu s’amplifier. J’ajoute, qu’en toute objectivité, nous jouissons à Bordeaux d’une administration de grande qualité mais qu’on peut observer quelques fois des crispations. Nous sommes là pour « désamorcer ».

Chartrons, Nansouty… ce sont des quartiers de Bordeaux. Vous envisagez d’organiser des permanences décentralisées dans les différents secteurs de la Ville, ce qui serait une nouveauté pour cette ville. Pourquoi souhaitez-vous le faire?

Nouveauté … pas forcément, mais réhabilitation sûrement. Je souhaite me rendre dans ces permanences décentralisées parce que la notion de proximité me semble essentielle parce qu’elle offre un confort plus grand à nos concitoyens (pas besoin de se déplacer).Telle est ma motivation, tel est mon objectif de départ; nous verrons par la suite si ces permanences délocalisées sont la bonne réponse ou non. Il est important avant tout de savoir s’adapter. 

Jusqu’à aujourd’hui, quel est le dossier qui vous a le plus marqué?

Au bout de 6 mois, nous avons ouvert une cinquantaine de dossiers, ce qui est un chiffre conséquent. La réponse à votre question n’est pas évidente car chaque dossier est marquant en soi, c’est une rencontre originale, c’est un problème complexe, c’est une solution particulière à laquelle on n’avait pas pensé jusque-là.  Nous sommes en train de traiter un dossier important aux conséquences lourdes pour la victime, et je m’applique à une vigilance régulière dans cette saisine. Je ne souhaite pas en parler, confidentialité exige. 

Maintenant, je sais que je vais vous faire sourire, mais j’aurais envie de vous exposer le dossier d’un couple de personnes de 80 ans à qui on livre des repas quotidiens. S’ils reconnaissaient la qualité de nos repas, ils étaient plus critiques sur la même qualité du pain. J’ai tout de suite pensé que le pain, symbole de nos repas quotidiens comme de l’art culinaire français, méritait attention. Je me suis rapproché du service de restauration que nous partageons avec la commune voisine de Mérignac, et ses responsables m’ont confirmé que le pain livré était de qualité mais que les modalités de livraison (véhicule réfrigéré) n’étaient en aucun cas adaptées au respect dû à ce produit. La solution, vous l’aurez comprise, est simple et j’ai la faiblesse de penser que la seule présence de la médiation a permis la résolution d’un problème qui durait depuis quelque temps.   

Bordeaux fait partie des Villes qui vont devenir des métropoles au 1er janvier prochain, autrement dit un territoire plus vaste, des compétences nouvelles. En quoi cela va t-il bouleverser l’exercice de votre fonction?

En effet, le changement est important; pour autant, la ville ne va pas disparaître. À la Communauté Urbaine de Bordeaux, un agent fait office de Médiateur. Il peut être saisi par l’administration en cas de difficulté, mais pas directement par les citoyens, ou, en tout cas, la communication organisée autour de cette fonction ne le laisse pas entendre. L’entrée en application de la loi du 27 janvier 2014 va peut-être bouleverser la donne mais, pour le moment, rien n’est prévu. Il ne faut pas oublier que l’avènement des métropoles n’est qu’une des dimensions d’un contexte territorial global en ébullition (fusions, regroupements, nouvelles répartitions des compétences, abandon de la clause générale de compétences …).  Il serait peut-être intéressant que l’AMCT puisse réfléchir à des préconisations sur le sujet : quid de l’organisation et du fonctionnement de la fonction de Médiateur institutionnel dans ce paysage territorial nouveau ?

Justement, vous êtes un nouveau venu dans notre réseau AMCT. Quel regard portez-vous sur lui, qu’en attendez-vous?

D’abord, je tiens à saluer l’action de Claude Desjean, qui a permis à cette association d’exister et de réunir des Médiateurs de collectivités importantes, quand il ne les a pas lui-même suscité. Ce travail très important de développement et de promotion de la fonction de Médiateur doit naturellement se poursuivre et je pense qu’il est essentiel que chacun des membres de notre association soit un VRP de cette fonction dans son secteur géographique. Nous pouvons chacun à notre manière donner envie d’avoir envie de Médiation.  

Au-delà, et en ce qui me concerne un peu plus personnellement, il est évident qu’être Médiateur suppose des connaissances, des ressources juridiques précises et solides. Certes, dans nos collectivités, nous pouvons nous appuyer sur les services ad hoc mais cela n’est pas pleinement satisfaisant, ne serait-ce qu’en termes d’autonomie et d’indépendance. Je pense notamment à des dossiers où la question était posée de l’engagement ou non de la responsabilité de la Ville, et donc de la prise en charge du sinistre par l’assurance de la Ville. Ce sont des sujets d’une extrême complexité.  S’il fallait évoquer également une autre attente envers l’AMCT, ce serait de nous aider à faire connaître les actes de Médiation les plus intéressants réalisés chaque jour par nos membres mais également qu’elle s’empare de la question de la formation. Je crois savoir que l’AMCT va très bientôt se doter d’un site internet; c’est un outil très utile pour cela.

Si vous aviez un vœu à exprimer pour l’AMCT pour 2015?

Le besoin de Médiation se fait de plus en fort, c’est en tout cas ce que je ressens ; l’AMCT a un rôle important à jouer pour que ce besoin trouve une réponse partout, de la manière la plus efficace, la plus professionnelle possible. C’est mon vœu pour notre association pour 2015.

Propos recueillis par Gaëlle Rougerie, décembre 2014.

 

 



Menu principal 2

Mediateur | by Dr. Radut