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Le portrait de Maurice CHIPOT, Médiateur du Département du Cantal

Pour ce nouveau portrait, nous nous sommes posés en Auvergne, plus précisément dans sa partie méridionale : le Cantal.

Terre de volcans aux paysages saisissants, aux majestueux espaces verdoyants, à découvrir, de préférence, à pied, à cheval ou à vélo, le Cantal, terroir auvergnat par excellence, territoire rural de montagne a vu naître deux présidents de la République : Paul Doumer et Georges Pompidou.

Pourtant, loin des clichés, ce département est bien ancré dans le XXIème siècle, à l’image de son exécutif qui est, entre autres, le 5ème département français à avoir lancé un service de médiation, début 2013.

 

Comment votre collectivité a-t-elle développé cette idée de médiation ?

Ce projet est parti de l’intérêt et de la volonté de l’actuel Président du Conseil Départemental, appuyé par l’ensemble des élus, de renforcer les liens, l’écoute, le dialogue avec les Cantaliens.

Cette démarche novatrice répond aussi à la volonté d’amélioration continue de la qualité des services rendus aux usagers.

 

Comment l’usager a-t-il connaissance de l’existence de ce service ?

Une majorité de moyens ont été mobilisés.

En effet, les Cantaliens ont été informés de la mise en route de la médiation par la presse écrite locale et régionale, les radios locales, l’envoi d’affiches et de dépliants à toutes les mairies et l’ensemble des lieux publics du département.

Le magazine départemental « Cantal Avenir » a également été mis à contribution pour diffuser cette information. Enfin, le site du Conseil Départemental – Cantal.fr – propose une rubrique « médiation » détaillée et permet à tout citoyen de saisir directement le Médiateur.

 

Comment définiriez-vous votre fonction en quelques mots ?

Je me sens comme un activateur qui augmente l’acuité visuelle des intéressés et leur permet de porter un autre regard sur leur situation, voire de s’ouvrir à de nouveaux horizons.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus intéressé, étonné ?

La détresse de personnes ne sachant plus où s’adresser, qui pour un problème de voisinage, qui pour une relation conflictuelle avec sa descendance, qui pour une allocation personnalisée d’autonomie non perçue ; et au-delà de cette impuissance, c’est le désarroi provoqué par le sentiment de n’être pas entendu, écouté, compris qui domine.

 

Quelle relation entretenez-vous avec l’administration départementale ?

Fonctionnaire territorial dans cette collectivité depuis une dizaine d’années, j’y interviens également en tant que Médiateur interne depuis 2011.

De ce fait, j’entretiens des relations fluides avec la majorité des agents, dont l’ensemble des managers avec lesquels j’ai échangé sur le pourtour de la mission de médiation interne, bien avant sa mise en place ;  ce qui  m’a facilité la tâche de présentation de la médiation externe l’année suivante.

Et puis j’échange régulièrement avec des agents, avec un service lorsque je suis saisi de la réclamation d’un usager ; il y a régulièrement la nécessité de dissiper les appréhensions, de repréciser mon rôle ; je sens aussi que le fait de transmettre ensuite au service concerné copie de l’avis rendu  permet de bâtir une relation respectueuse et constructive.

J’observe que toutes ces démarches contribuent à donner à la mission de médiation un crédit en augmentation constante, que l’impartialité et la neutralité du médiateur viennent encore renforcer.

 

Quelles conséquences de la mission médiation sur le fonctionnement de la Collectivité départementale ?

Au bout de deux ans et demi, je dirais que cette mission est désormais clairement intégrée dans la Collectivité ; cependant, malgré des efforts réguliers de communication, notamment auprès des autres Médiateurs locaux, il reste encore 30 % de demandes ne concernant pas l’Administration départementale (en 2014, j’ai été saisi d’une trentaine de réclamations – à mi 2015, le volume se situe sur les mêmes bases).

Par ailleurs, il peut y avoir des avantages collectifs à la médiation ; et c’est, là aussi, une étape passionnante pour moi, que de proposer des pistes d’amélioration au bénéfice de l’usager.

En effet, les agents, manifestement consciencieux peuvent cependant utiliser une procédure incomplète ou un document administratif difficilement compréhensible par un non initié, jusqu’à ce que la réclamation d’un usager, porte un éclairage différent sur ces éléments.

D’ailleurs, pour moi, la simplification des documents administratifs est une nécessité ; pas parce que ce sujet est d’actualité, mais plutôt parce que cela met en jeu l’accès aux droits pour tous.

 

Qu’est-ce qui, dans votre histoire personnelle, dans votre parcours professionnel, vous a conduit à exercer cette fonction ?

Possible soixante-huitard décalé, je me suis intéressé très tôt à la relation aux autres et au concept de non-violence, qui a dû traverser ma vie personnelle et professionnelle.

De cette dernière, je retiens un dénominateur commun : l’écoute, la nécessité d’écouter, (d’être écouté aussi assurément). Que ce fût dans le secteur commercial, il y a des lustres, ou, depuis 1982, dans le travail social, en tant qu’éducateur (intervenant auprès de familles en difficulté) puis responsable de service éducatif, j’ai privilégié l’écoute de l’autre, sa reconnaissance, la mise en valeur de ses potentialités, la compréhension et l’assimilation de ses droits, de ses devoirs ; la responsabilisation plutôt que l’assistanat.

Suite cohérente, il y a vingt ans, j’ai choisi d’étudier puis de pratiquer une technique de psychothérapie expérientielle humaniste (à la différence des méthodes basées sur le symptôme), m’intéressant dans le même temps à la communication non-violente.

J’ai le sentiment que c’est tout ce cheminement qui m’a conduit vers la médiation, comme une progression logique mais pas comme un aboutissement.

C’est d’ailleurs cette envie d’évoluer encore qui m’a conduit à m’investir au sein du réseau, à l’origine de l’Association des Médiateurs des Collectivités Territoriales (AMCT) courant 2012.

 

Justement, quel regard portez-vous sur cette Association, quelles attentes en avez-vous ?

D’abord, je veux rappeler que la détermination de  Claire BRISSET, alors Médiatrice de la Ville et du Département de Paris, a permis l’éclosion de l’AMCT. Ses proches collaborateurs, dont Claude DESJEAN,  ne ménagent pas leur peine pour prolonger son action  et c’est heureux.

Vouloir offrir cette possibilité amiable de résolution de conflits à la majorité de nos concitoyens me paraît constituer un objectif crédible.

Nul doute que le nouveau Président de l’Association, Eric FERRAND, qui a succédé en 2014 à Claire BRISSET à la tête de la médiation parisienne, saura s’y employer, après Martine NADEAU, Médiateure du Département de l’Ille-et-Vilaine,  et mener l’AMCT à la maturité, sans qu’elle y perde sa tonicité et sa fraîcheur d’esprit.

Cette Association offre aussi un espace d’échange entre les Médiateurs en exercice et des collectivités postulantes ; c’est aussi un lieu d’écoute, de partage entre professionnels sur l’expérience quotidienne ; autant d’éléments d’enrichissement professionnel et personnel que le site Internet nouvellement créé devrait favoriser.



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Article | by Dr. Radut